Géographie
Le baudrier d'Orion ne s'éteint pas
- Épices
- Bois
- Ozone
Le baudrier d’Orion ce sont trois étoiles.
Alnitak, Alnilam, Mintaka. Elles sont alignées en une ligne, sur l’équateur, le groupe stellaire le plus reconnaissable du ciel entier. On peut les voir de l’hémisphère sud et de l’hémisphère nord, parce que l’équateur le traverse. Chaque hiver, il apparaît à l’endroit le plus visible du ciel nocturne, suspendu au sud exact.
Ces trois étoiles ne sont pas des étoiles ordinaires. Elles sont des géantes bleues jeunes, la luminosité de chacune dépasse dix mille fois celle du soleil. Le type spectral d’Alnilam est B0Ia — le « Ia » dans cette classification signifie : cette étoile n’a pas encore commencé à devenir rouge, elle brûle encore l’hydrogène, elle est à son moment le plus brillant.
À son moment le plus brillant. C’est l’image la plus centrale d’Orion. Pas l’éternité, c’est le moment le plus brillant.
Le parfumeur part de ces trois mots : « le moment le plus brillant ».
Il dit : « Orion ne doit pas sentir le chaud. Le chaud est la caractéristique des étoiles âgées. Orion doit sentir le froid, le tranchant, le goût du métal à basse température — le froid lui-même a une odeur, ce n’est pas la température, c’est le processus par lequel le métal perd sa température. »
Orion, ce parfum, a pour note de tête du poivre noir. Pas du poivre noir ordinaire, mais du poivre blanc de la côte de Malabar en Inde, les granulés très petits, la contenu de molécles épicées est trois fois celle du poivre noir ordinaire. Ce tranchant est la façade de ce parfum — pas le tranchant du chaud, mais le tranchant du froid. C’est le tranchant porté par cet astre qui brûle depuis mille ans à son moment le plus brillant sans encore s’être obscurci.
La note de cœur est le cèdre. Pas le cèdre atlantique, le cèdre de l’Himalaya, poussant à plus de trois mille mètres d’altitude, le bois plus serré, plus haute contenu en résine. Le cèdre dans le contexte d’Orion n’est pas la forêt, c’est la poussière d’étoiles — c’est la substance dont les étoiles sont composées. L’odeur du bois de cèdre, c’est la sensation de la poussière d’étoiles sur la peau.
La note de fond est l’ozone à concentration extrêmement faible. L’ozone est ce que devient l’oxygène sous irradiation aux ultraviolets. L’odeur de l’ozone est « froid », mais pas le froid du vent du nord, c’est le froid de la haute atmosphère — c’est l’espace au-delà de la couche d’ozone, froid au point qu’aucune molécule ne peut vibrer.
La lumière met mille deux cents ans à atteindre l’œil. Ce moment, vous regardez vers le passé.
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