Géographie

Le passage du Cygne n'est pas étroit

  • Fleurie
  • Minéral

Le Cygne est dans la Voie lactée.

La Voie lactée est une bande de lumière, mais son centre est noir. Il y a là un trou, appelé Sagittarius A*, un trou noir dont la masse est quatre millions de fois celle du soleil. Le trou noir ne brille pas. Le trou noir attire la lumière. Deneb est l’étoile la plus brillante du Cygne, elle se trouve au point d’intersection cruciforme de la Voie lactée — horizontal est la Voie lactée, vertical est le chemin traversé par le vol du Cygne.

Le point d’intersection cruciforme s’appelait « passage » dans la Chine ancienne. Le passage n’est pas la rive, le passage est l’endroit pour traverser. Deneb est le passage, elle ne reste pas là, elle relie les deux rives.

Le parfumeur dit que ce qui l’intéresse dans Deneb n’est pas sa luminosité, mais le concept de « connexion ».

« Les fleurs fleuries sentent la connexion », dit-il. « La fleur est la connexion entre la plante et l’air, entre le pollen et le vent, entre la reproduction et la propagation. Toutes les fleurs fleuries sont des odeurs de connexion. »

Le Cygne, ce parfum, a pour note de tête un bouquet de fleurs blanches. Pas rose, pas jasmin, mais une combinaison de fleurs blanches : gardénia, tubéreuse et ylang-ylang, à une concentration extrêmement faible. Ces trois fleurs blanches, prises séparément, ne sont pas assez nettes — le gardénia trop sucré, la tubéreuse trop lourde, l’ylang-ylang trop chaud — mais ensemble, elles se réduisent mutuellement, et il reste quelque chose d’extrêmement léger, de propre, de blanc comme du tissu.

Le tissu blanc est propre parce qu’il a été lavé. Après lavage, il ne reste que le tissu.

La note de cœur est l’iris. La racine d’iris a une odeur poudrée, pas de pollen, mais de la racine elle-même — une combinaison de douceur et de texture poudreuse après transformation de l’amidon. La fin du Cygne repose sur l’iris, comme une plume sur l’eau, si légère qu’elle n’a pas de son.

La note de fond est un sel de mer infinitésimal. Pas du gros sel, mais une fine couche de cristaux laissée sur les rochers après évaporation de l’eau de mer. Le sel marin donne à l’ensemble une frontière — pas un mur, une ligne de côte. C’est « jusqu’ici, pas plus loin ».

Le passage qui traverse le centre cruciforme de la Voie lactée s’appelle le passage. Le passage est un lieu de départ, pas d’arrivée.


Notes associées : [Fleurie] [Minéral]