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En route · Escalade : la propreté de la paroi rocheuse est un lieu sans odeur

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L’alpiniste sur la paroi rocheuse ne sent pas les odeurs.

Ce n’est pas qu’il ne veut pas. C’est qu’en paroi, l’odorat devient sans importance. L’escalade nécessite toute l’attention — la friction des prises, la stabilité des appuis, le déplacement du centre de gravité, le rythme de la respiration. Pendant l’escalade, chaque partie du cerveau traite les informations sensorielles, il n’y a pas de bande passanterestantepour l’odorat.

Mais quand l’alpiniste s’arrête — trouver une corniche, installer une relais, attendre que le partenaire finisse le segment de tête — l’odorat revient.

Il y a une odeur sur la paroi. Pas l’odeur de la roche elle-même. La roche elle-même, une fois altérée, est inerte, ne libère presque aucun composé organique volatil. L’odeur sur la paroi vient de deux choses : les lichens, et le vent.

Les lichens sont la partie vivante de la paroi. Les lichens sont un symbiose de champignons et d’algues, ils sécrètent de l’acide lichénique — l’acide lichénique est le principal facteur biologique de l’altération de la roche. L’acide lichénique dissout les minéraux en surface de la roche, laissant la roche devenir lentement du sol. Les lichens eux-mêmes ont-ils une odeur ? Une très légère, c’est le produit de la réaction entre l’acide lichénique et le dioxyde de carbone de l’air — il y a une odeur légèrement acide, minérale.

Cette odeur n’apparaît qu’à des endroits spécifiques de la paroi : là où il y a des lichens, de l’humidité, de la lumière mais pas d’ensoleillement direct. Les conditions dont les lichens ont besoin : de la lumière mais pas trop, humide mais pas submergé, un substrat minéral mais pas de couverture de sol.

En choisissant les prises, les alpinistes choisissent souvent les surfaces sans lichen — parce que les surfaces avec lichen ont un coefficient de friction plus faible, glissent facilement. Les alpinistes ne choisissent pas les endroits avec odeur, parce qu’odeur signifie humidité, humidité signifie glissement.

C’est probablement le seul sport de plein air au monde où « moins il y a d’odeur, mieux c’est ».

Le vent est une autre présence sur la paroi. La direction et l’intensité du vent sont la prévisions météo pour les alpinistes. En altitude, le vent monte du fond de la vallée, portant l’humidité et les odeurs de plantes — peut-être la fumée de cuisine d’un village en aval, peut-être l’odeur de résine de pin d’une forêt de conifers en amont. Ces odeurs changent avec l’altitude : plus on monte, plus les odeurs de plantes s’estompent, remplacées par la « propreté de l’altitude ».

Qu’est-ce que la propreté de l’altitude ? C’est le résultat de la diminution de la concentration de composés organiques volatils dans l’air quand l’altitude augmente. Chaque mètre d’altitude supplémentaire fait baisser la concentration de VOC dans l’air d’environ 10%. Ce n’est pas parce qu’il n’y a plus de source, c’est parce que les mêmes émissions sont diluées par plus d’air.

C’est pourquoi en haute altitude, l’expérience olfactive est complètement différente de celle en basse altitude. En ville, le système olfactif travaille dans un bruit olfactif constant — toutes les odeurs coexistent, les récepteurs olfactifs s’adaptent constamment, ignorent, se réadaptent. Mais en haute altitude, le bruit olfactif disparaît presque, il ne reste que très peu de sources d’odeurs : une odeur lointaine portée par le vent, une légère odeur de neige, ou sa propre respiration et sueur.

L’état de propreté extrême, c’est sans odeur.

Ce n’est pas dire qu’il n’y a pas d’odeurs en haute altitude. C’est dire que l’expérience olfactive en haute altitude se rapproche de « sans odeur ». Cet état a une signification pratique pour les alpinistes : cela signifie air sec, visibilité claire, conditions météorologiques stables.

Mais pour OPALITESCENT, « sans odeur » n’est pas une fin. « Sans odeur » est le fond, la toile, l’espace en attente d’être rempli.

La dernière odeur de la paroi, c’est la sueur de l’alpiniste lui-même. Le sel qui cristallise sur la paroi après évaporation de la sueur, le sel est minéral. L’odeur du sel est les anneaux de l’alpiniste : chaque voie laisse une trace de sel, chaque trace de sel est la preuve d’une ascension.


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