Géographie
Le brouillard de Huangshan n'attend pas
- Roche
- Mousse
- Résine de pin
Cinq heures du matin. Le sommet Guangming n’a pas encore de lumière.
Le brouillard monte du fond de la vallée, couche sur couche, la couche la plus basse s’est déjà condensée en gouttelettes d’eau extrêmes, attachées aux aiguilles de pin. Les aiguilles de pin ne bougent pas, les gouttelettes non plus. Toute la vallée s’est immobilisée à cette hauteur, comme un flacon de parfum pas encore ouvert.
L’odeur de Huangshan commence ici — pas une odeur florale ou boisée particulière, mais une humidité. C’est ce souffle que la mousse sur les parois rocheuses exhale la nuit, c’est la concentration quand la résine de pin s’infiltre lentement à basse température, ce sont les particules minérales portées par le brouillard lui-même.
Le parfumeur, lors de son premier voyage en montagne, n’a pas apporté d’outils. Il dit : laissez-moi d’abord sentir.
Il s’est tenu devant un rocher pendant quarante minutes. Ce rocher était à l’ombre, ne recevait jamais de lumière directe du soleil, sa surface était couverte d’une fine couche de mousse. Il a décrit plus tard l’odeur de cette mousse : « Ce n’est pas vert. Vert est un mot de couleur, ce n’est pas un mot de couleur. C’est — l’état avant de devenir couleur. »
Voilà le point de départ de Huangshan.
Pas de formulation, mais d’attente. Il a attendu trois jours avant d’obtenir cette humidité, avant que le brouillard qui monte de la vallée n’atteigne un certain rapport avec les molécles libérées par la mousse. Il dit que ce rapport ne peut pas être reproduit, il a essayé dix-sept fois avec des molécles artificielles en laboratoire, à chaque fois il manquait quelque chose.
Ce qui manquait, c’est le temps.
Le brouillard de Huangshan n’attend personne. Il ne se forme que chaque année de novembre à mars, entre quatre et six heures du matin, quand l’humidité du fond de la vallée dépasse quatre-vingt-dix pour cent. Cette fenêtre n’a coïncidé complètement que quarante-cinq jours au cours des dix dernières années.
Donc Huangshan, ce parfum, n’a jamais été « imiter une montagne ». Ce qu’il préserve, c’est le résultat d’une attente, une rencontre entre l’homme et le brouillard.
Préserver, c’est en soi l’artisanat.