Géographie

La mousse de Jiali n'attend pas

  • Mousse
  • Roche
  • Santal

À quatre mille trois cents mètres d’altitude. Le comté de Jiali. L’autonomie tibétaine de Ganzi.

La mousse ici pousse extrêmement lentement. Elle ne s’étend que d’un millimètre par an. Celle de moins de trois ans, au toucher, est sèche — sans humidité, sans élasticité, comme un papier décoloré.

Les locaux appellent cette mousse « silencieuse ». Ce n’est pas l’absence de vie, c’est que la vitesse de vie est si lente que le système sensoriel humain ne peut pas la percevoir. La mousse de trois ans et celle de dix ans sont presque identiques visuellement, seulement en s’accroupissant, en appuyant avec le bout des doigts, en comptant jusqu’à dix, peut-on sentir : ce morceau de dix ans, après la disparition de la pression, a un rebond infinitésimal.

Ce rebond, c’est le temps lui-même.

Jiali, le cœur de l’odeur de ce parfum, c’est justement ce rebond de la mousse de dix ans. Ce n’est pas l’odeur de la mousse — personne ne sent vraiment l’odeur de la mousse, ce qu’on sent, c’est l’air autour d’elle — mais ce sens de « poids » que la existence de cette mousse pendant dix ans apporte.

Le parfumeur, en décrivant ce concept, a utilisé un mot contradictoire : « la lourdeur légère ».

Il dit : « Ce parfum doit donner l’impression — il a traversé longtemps, mais il n’est pas devenu plus lourd. Il a traversé longtemps, légèrement. »

C’est difficile à faire.

L’approche habituelle est d’ajouter des notes lourdes à la base — patchouli, labdanum, ladanum — utiliser ces choses « lourdes » pour suggérer le temps. Mais la méthode de Jiali est différente. Sa base est du santal à concentration extrêmement faible, dilué à trois pour cent, laissant la saveur crémeuse du bois de santal elle-même presque disparaître, ne gardant que l’ossature de la structure.

Ces zero virgule quelques secondes du rebond de la mousse, dans le langage olfactif, correspondent à cette ossature.

Le comté de Jiali est au cœur de la route Sichuan-Tibet, la route vers la montagne n’est praticable que six mois par an. Il n’y a pas de signal de téléphone, pas d’infrastructures touristiques, juste une station météorologique qui lance des ballons sounding trois fois par jour. Le personnel de la station météorologique, pendant le développement de ce parfum, a aidé le parfumeur à enregistrer la direction du vent et les données d’humidité pendant six semaines consécutives.

Ces données n’apparaissent sur aucune page produit.

Elles apparaissent dans la structure moléculaire du parfum.