Culture

La géographie de l'olfaction : pourquoi les montagnes et les eaux ont donné naissance aux bois

Les Chinois traitent la relation avec les montagnes par les odeurs, huit cents ans avant l’Occident.

La forme la plus ancienne de la culture olfactive est le sacrifice par le feu — brûler du bois pour offrir au ciel. À cette époque, ce n’était pas brûler n’importe comment, il y avait des règles de direction et de matériau. Le sacrifice par le feu utilisait du bois, l’espèce du bois déterminait la qualité de la fumée : la fumée de pin et de cyprès est la plus lourde, celle du paulownia la plus légère. C’est la première géographie olfactive : direction, matériau, odeur, trois choses ne font qu’une.

Aux dynasties Wei, Jin, Nord et Sud, l’odeur est passée de l’autel à l’étude. Les lettrés ont commencé à brûler de l’encens dans leurs maisons. Que faisaient-ils en brûlant de l’encens ? Des discussions philosophiques. Sur quoi portaient ces discussions ? Sur le néo-taoïsme. Les questions portaient sur : la relation entre le néant et l’être, la relation entre le droit et le tort, la relation entre le fondamental et l’accessoire, la relation entre la substance et la fonction.

La caractéristique commune de ces questions : elles ne peuvent pas être vues par les yeux, mais elles sont réelles. L’odeur joue un rôle dans ce contexte : elle donne une preuve de présence à ce qui est invisible. Quand vous la sentez, vous savez.

Cette logique vient des montagnes et des eaux.

Les montagnes et les eaux sont aussi invisibles. Vous ne pouvez voir d’une montagne qu’une partie — le pied, le milieu, le sommet — vous ne pouvez pas voir la montagne entière en même temps. L’eau, vous ne pouvez voir que le chemin qu’elle a parcouru, vous ne pouvez pas voir l’intégralité de l’eau. Les montagnes et les eaux ont été dès le début la métaphore de la question « la relation entre la partie et le tout ».

L’odeur est pareil.

Il y a un concept dans la peinture de paysage chinoise appelé «liubai — le vide positif». Le vide n’est pas le vide, c’est l’air. L’air est la structure la plus importante dans la peinture de paysage — il donne de la distance entre les montagnes, de la profondeur entre les eaux. Une peinture de paysage sans air n’est pas une peinture de paysage, c’est un spécimen.

Quelle est la relation entre le vide et l’odeur ?

L’odeur fait partie de l’air. Quand vous sentez une odeur, ce que vous sentez n’est pas un « objet », c’est la relation entre l’objet et l’air. L’odeur n’existe jamais seule — elle a besoin de l’air comme médium, du souffle comme passage, du temps comme processus de développement. Ce processus lui-même est la structure de l’odeur.

La série boisée d’OPALITESCENT est la version contemporaine de cette logique.

Huangshan n’est pas une odeur boisée. Huangshan a de la résine de pin, de la mousse, des rochers, du brouillard. Ces choses combinées ont une structure « verticale » — de la mousse sur les parois rocheuses, aux aiguilles de pin, au brouillard, c’est un arrangement du bas vers le haut. La verticalité est la structure de la montagne. La verticalité est aussi la structure du développement du parfum : de la note de fond, à la note de cœur, à la note de tête.

Ce n’est pas une coïncidence. C’est la même chose de traitée : la relation entre la partie et le tout, et ce médium qui les connecte — dans les montagnes et les eaux c’est l’air, dans les parfums c’est l’olfaction elle-même.

Donc les bois ne sont pas « ça sent le bois ». Les bois : le bois comme médium, ce qu’il porte, et ce qu’il libère.


Notes associées : [Bois] [Minéral]