Géographie

Le crépuscule à Gagong n'est pas pressé

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L’automne à Gagong est un mois plus lent qu’ailleurs.

La ligne de neige descend de cinq mille mètres d’altitude, pas à pas, sans hâte. Quand elle descend à quatre mille cinq cents, les feuilles de bouleau commencent à jaunir. Quand elle descend à quatre mille, les feuilles d’érable rougissent. Quand elle descend à trois mille cinq cents, les feuilles jaunes et rouges tombent dans le ruisseau, sont emportées en aval, mais la prochaine fournée de feuilles a déjà jauni.

L’automne à Gagong est une exposition lente, à rebours, patiente.

Ce n’est pas une exposition, c’est la fin de la croissance, les feuilles doivent tomber. Elle n’a pas l’intention de vous montrer quoi que ce soit. Elle se passe simplement là.

La vallée en contrebas s’appelle la vallée de Gagong, à deux mille huit cents mètres d’altitude. Il y a des sources chaudes dans la vallée, l’odeur de soufre s’infiltre du sol, se mêlant à l’air automnal, entre les feuilles mortes et la terre humide. Le parfumeur dit que cette odeur est la « propreté » la plus complexe qu’il ait jamais sentie — pas l’absence d’impuretés, mais l’équilibre juste entre les impuretés.

Soufre, feuilles mortes, terre humide, forêt de conifères, air froid descendant de la ligne de neige. Ces cinq choses, en septembre à Gagong, existent simultanément.

Il a fallu huit mois au parfumeur pour créer Gagong.

La note de tête est l’écorce de bouleau. L’écorce de bouleau est meilleure en automne, car l’arbre concentre ses huiles dans l’écorce en préparation de l’hiver. Le goût de la réserve est sucré, mais pas sucré comme le sucre — c’est le « j’ai » sucré, c’est le suffisamment de ce qu’on possède.

La note de cœur est la cannelle à concentration extrêmement faible. La cannelle ici n’est pas la vedette, elle n’est qu’une suggestion, suggérant que la température baisse. Suggérant que l’hiver approche, mais n’est pas encore là.

La note de fond est la fumée. Pas la fumée de bois, mais la fumée mêlée de bouse de vache et de bois de chauffage. La fumée de la campagne tibéaine. Les Tibétains allument du feu à l’entrée de la vallée, la fumée ne monte pas, elle descend le long de la pente, entre dans la forêt, entre les feuilles jaunes, dans l’air du crépuscule.

C’est la fumée du crépuscule.

Le crépuscule à Gagong est long. Le soleil se couche derrière la montagne, il faut deux heures pour qu’il fasse complètement noir. Pendant ces deux heures, la lumière passe du doré à l’orange, au rouge, à un violet extrêmement léger, puis disparaît.

Gagong, ce parfum, ce sont ces deux heures.


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