Géographie
L'espace profond n'est pas vide
- Ozone
- Minéral
L’espace profond n’est pas vide.
La densité moyenne de l’univers est de trois atomes d’hydrogène par mètre cube. Ce chiffre n’est pas zéro. Ce chiffre signifie : entre vous et la main la plus éloignée que vous pouvez tendre, il y a des millions d’atomes d’hydrogène. Ils ne s’agglomèrent dans aucune direction, ils sont simplement répartis uniformément, à très basse densité, très basse énergie, ni chauds ni froids, rien du tout.
Voilà le son de l’espace profond. Pas le silence, c’est « rien du tout ».
Le parfumeur a fait une expérience. Il a emmené un parfum commercial dans un observatoire à quatre mille mètres d’altitude, a ouvert le flacon, et l’a laissé reposer pendant dix minutes dans l’air à moins vingt degrés. Puis il a senti — il a dit que le parfum dans cet air sentait différent. Pas qu’il était plus faible, il sentait plus « lointain ». Comme si, pendant que l’arôme se diffusait du flacon dans l’air, quelque chose lui avait été enlevé par l’air froid.
Qu’est-ce qui a été enlevé ? La température. La température est la vibration des molécles. Dans l’air froid, les vibrations moléculaires sont lentes, l’activité des molécles aromatiques dans l’air froid est faible. Elles se propagent donc lentement et atteignent des distances courtes. Le résultat : les parfums froids sentent plus « concentrés », plus « serrés », comme compressés.
L’espace profond, ce parfum, utilise ce principe.
Sa note de tête est l’ozone. L’ozone est un allotrope de l’oxygène produit par décharge électrique ou irradiation aux ultraviolets. L’odeur de l’ozone est « froid » et « lointain » — elle fait penser aux hauts plateaux, au-dessus de la ligne de neige, là où il n’y a rien. La structure moléculaire de l’ozone est O₃, un atome d’oxygène de plus que l’oxygène ordinaire. Cet oxygène supplémentaire donne à l’ozone une oxydation spéciale.
La note de cœur est le métal. Pas l’odeur du métal lui-même, mais les minuscules molécles libérées quand le métal devient cassant à très basse température et se brise. Cette molécule s’appelle l’aldéhyde métallique, un oxyde produit par la réaction entre la surface métallique et les molécles d’eau dans l’air. Elle donne au métal une « sensation de découpe » — pas tranchante, cassante. Une cassure possible.
La note de fond est l’air au zéro absolu. Cela n’existe pas, mais le parfumeur a utilisé une combinaison de molécles pour le simuler : bornéol thujone plus une concentration extrêmement faible de furanone d’ambrette, pour créer une sensation de « sans température ». Pas froid, c’est sans température. Pas inexistant, c’est exister mais sans porter de chaleur.
Trois atomes d’hydrogène. Ils ne sont ni chauds ni froids. Ils sont simplement là.
Notes associées : [Ozone] [Minéral]